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État des lieux

Document obligatoire décrivant l'état du logement au moment de l'entrée et de la sortie du locataire. Il protège les deux parties : le propriétaire contre les dégradations non signalées, le locataire contre des retenues injustifiées sur son dépôt de garantie.

L'état des lieux est un document contradictoire établi entre bailleur et locataire, ou leurs mandataires, décrivant précisément l'état du logement et de ses équipements. La loi Alur du 24 mars 2014 a rendu obligatoire son établissement par écrit, avec un niveau de détail précis défini par décret. Il constitue la pièce maîtresse de tout litige locatif et conditionne légalement les retenues sur le dépôt de garantie.

L'essentiel à retenir
  • Obligatoire à l'entrée et à la sortie pour toute location d'habitation
  • Doit être établi contradictoirement (bailleur et locataire présents ou représentés)
  • En l'absence d'état des lieux d'entrée : le logement est présumé remis en bon état
  • La vétusté normale ne peut pas être mise à la charge du locataire
  • Le locataire a 10 jours après l'entrée pour demander des modifications par LRAR

L'état des lieux : un document légalement encadré

Depuis la loi Alur de 2014, l'état des lieux obéit à un contenu minimal défini par le décret du 30 mars 2016. Il doit être établi en autant d'exemplaires que de parties et remis à chacun le jour même. Il peut être réalisé sur papier ou par voie électronique (application dédiée), à condition que le support soit durable et reproductible.

Si bailleur et locataire ne peuvent être simultanément présents, ils peuvent se faire représenter par une personne de leur choix (membre de la famille, ami, agent immobilier). L'huissier de justice n'intervient que lorsque l'une des parties refuse de participer ou qu'aucun accord amiable n'est possible. Dans ce cas, chaque partie supporte la moitié des honoraires de l'huissier, dans la limite du tarif réglementé.

Ce que l'état des lieux doit obligatoirement contenir

Le décret de 2016 impose un contenu précis. Un état des lieux incomplet peut être contesté et voir sa valeur probante amoindrie en cas de litige.

Rubrique Détail requis
IdentificationDate, adresse du logement, nom et adresse du bailleur, nom du locataire
Lieu de remise des clésNombre de clés remises, type (porte, boîte aux lettres, cave, parking)
Relevés de compteursEau froide, eau chaude, gaz, électricité (avec index)
Pièce par pièceSol, murs, plafond, menuiseries, fenêtres, ouvrants, équipements
État de chaque élémentQualificatif précis : neuf, bon état, usage, mauvais état, à remplacer
ÉquipementsChaque appareil électroménager, radiateur, robinetterie listé et qualifié
SignaturesBailleur et locataire (ou leurs mandataires) sur chaque page

La présence de photographies est fortement conseillée et de plus en plus courante. Bien que non obligatoires, elles constituent des preuves irréfutables en cas de litige. Les photos doivent être datées, identifiées par pièce et annexées au document signé.

L'état des lieux d'entrée : les 10 jours qui comptent

L'état des lieux d'entrée est réalisé le jour de la remise des clés. Le locataire dispose ensuite d'un délai de 10 jours pour demander des modifications par lettre recommandée avec accusé de réception si, une fois installé, il constate des éléments non mentionnés (tache découverte sous un meuble, dysfonctionnement apparu dès les premiers jours).

Pour les éléments liés au chauffage, ce délai est étendu à la première période de chauffe : si le locataire emménage en été, il peut demander des corrections sur le chauffage jusqu'au premier hiver qui suit. Cette exception est prévue expressément par la loi.

Un conseil pratique : prenez le temps de l'état des lieux. N'hésitez pas à allumer tous les appareils électroménagers, à tester chaque robinet, à vérifier chaque volet. Un état des lieux bâclé à l'entrée se paye toujours à la sortie.

L'état des lieux de sortie : comparaison et retenues

L'état des lieux de sortie est établi le jour de la restitution des clés. Il est comparé terme à terme à l'état des lieux d'entrée. Seuls les dégradations imputables au locataire (et non la vétusté normale) peuvent justifier une retenue sur le dépôt de garantie.

Toute retenue doit être justifiée par un devis ou une facture. Le bailleur dispose d'un délai légal pour restituer le dépôt : 1 mois si l'état des lieux de sortie est conforme à l'état des lieux d'entrée, 2 mois si des dégradations justifient des retenues. Tout dépassement de ce délai est sanctionné d'une majoration de 10 % du loyer mensuel hors charges par mois de retard.

La vétusté : ce que le locataire ne doit pas payer

La vétusté est l'usure normale résultant du temps et de l'usage standard du logement. Elle est à la charge du bailleur et ne peut pas être répercutée sur le locataire. Une grille de vétusté peut être annexée au bail pour définir, par type d'élément, la durée de vie théorique et le taux d'abattement annuel.

Si aucune grille n'est annexée, c'est le juge qui appréciera la vétusté au cas par cas. Des références existent : une moquette a une durée de vie de 7 à 10 ans, une peinture de 5 à 7 ans selon l'exposition, un revêtement de sol souple de 10 à 15 ans. Au-delà de ces durées, aucune retenue n'est justifiable même si l'élément est abîmé.

Litiges et recours

En cas de désaccord sur les retenues pratiquées par le bailleur, le locataire dispose de plusieurs voies de recours.

  • Lettre recommandée de contestation : première étape, formelle et traçable. Elle doit détailler précisément chaque retenue contestée et demander la restitution sous un délai fixé.
  • Commission Départementale de Conciliation (CDC) : saisine gratuite, obligatoire avant tout recours judiciaire pour les litiges locatifs de ce type. Le délai de convocation est de 2 mois environ.
  • Tribunal judiciaire : si la conciliation échoue ou est refusée, le tribunal judiciaire (anciennement tribunal d'instance) est compétent pour les litiges jusqu'à 10 000 €. La procédure peut se faire sans avocat pour les litiges inférieurs à 5 000 €.

Questions fréquentes

Oui. L'état des lieux amiable entre bailleur et locataire est la forme la plus courante. Le recours à un huissier de justice n'est obligatoire qu'en cas de refus ou d'impossibilité d'un état des lieux contradictoire. Dans ce cas, les frais sont partagés entre bailleur et locataire (plafonnés à la moitié du tarif réglementé, soit environ 60 à 100 € par partie pour un appartement standard).

La contestation doit être faite par lettre recommandée avec accusé de réception le plus tôt possible après la remise du document. Pour les retenues sur dépôt de garantie, le locataire dispose de 3 ans pour saisir la Commission Départementale de Conciliation puis, si nécessaire, le tribunal judiciaire (délai de prescription pour les actions personnelles entre non-commerçants).

Seulement si les dégradations prouvées et documentées le justifient. Les retenues doivent être justifiées par des devis ou factures. L'usure normale n'est pas imputable au locataire : une peinture qui s'écaille après 10 ans d'occupation, un tapis usé, des petits trous de visserie relèvent de la vétusté normale. En pratique, les juges sont souvent sévères avec les bailleurs qui pratiquent des retenues disproportionnées ou mal documentées.

Si le bailleur refuse ou néglige l'état des lieux d'entrée sans motif légitime, la loi présume que le logement a été remis en bon état. Le locataire ne pourra donc pas être tenu responsable des dégradations constatées à la sortie, faute de comparaison possible avec un état initial documenté. Cela protège le locataire mais vous pouvez aussi prendre vous-même des photos datées dès votre entrée dans le logement.