Juridique

Nue-propriété

Droit de propriété d'un bien dont l'usufruit a été temporairement attribué à un tiers. Le nu-propriétaire est propriétaire du bien sans pouvoir ni l'occuper ni en percevoir les revenus. Au décès de l'usufruitier (ou à la fin de l'usufruit temporaire), il recouvre la pleine propriété.

Le démembrement de propriété consiste à séparer la pleine propriété en deux droits distincts : l'usufruit (droit d'usage et de jouissance) et la nue-propriété (droit sur la substance du bien). Ce mécanisme est très utilisé pour les donations en famille, les montages viagers et certains investissements institutionnels.

L'essentiel à retenir
  • Le nu-propriétaire est propriétaire du bien mais ne peut ni l'habiter ni en percevoir les loyers pendant la durée de l'usufruit
  • À l'extinction de l'usufruit (décès ou terme), il recouvre la pleine propriété sans frais ni droits supplémentaires
  • Le barème fiscal de l'article 669 du CGI détermine la valeur de la nue-propriété selon l'âge de l'usufruitier
  • Investissement institutionnel : achat à 50-70 % de la valeur du marché, l'usufruit étant cédé 15 à 20 ans
  • Hors assiette de l'IFI pendant la durée de l'usufruit (avantage pour les patrimoines importants)

Droits du nu-propriétaire

Le nu-propriétaire conserve la propriété juridique du bien, mais ses prérogatives sont réduites pendant la durée de l'usufruit. Il ne peut pas l'occuper, ne touche aucun revenu locatif, et ne peut pas vendre la pleine propriété sans l'accord de l'usufruitier. En revanche, il peut céder sa nue-propriété seule à un tiers sans en informer l'usufruitier. L'acquéreur de la nue-propriété reprend alors le bien avec l'usufruit en cours.

Le nu-propriétaire conserve ce qu'on appelle les droits sur la substance du bien. Si l'usufruitier fait des actes qui dépassent sa simple jouissance (par exemple vouloir démolir et reconstruire, ou transformer fondamentalement le bien), le nu-propriétaire peut s'y opposer. Il peut également s'opposer à la conclusion de baux longs (bail rural ou commercial de plus de 9 ans) sans son accord, car ces baux ont pour effet de grever la future pleine propriété au-delà de la durée de l'usufruit.

  • Céder sa nue-propriété sans l'accord de l'usufruitier
  • Hypothéquer le bien (sous certaines conditions)
  • S'opposer aux actes de disposition abusifs de l'usufruitier
  • Récupérer la pleine propriété à l'extinction de l'usufruit, automatiquement et sans frais

Répartition des charges entre nu-propriétaire et usufruitier

La loi organise une répartition des charges entre les deux droits. En règle générale, l'usufruitier supporte les charges courantes d'entretien, les impôts locaux (taxe foncière, taxe d'habitation s'il y a lieu), les réparations ordinaires et les charges de copropriété courantes. Le nu-propriétaire supporte ce qu'on appelle les grosses réparations.

Les grosses réparations sont définies par l'article 606 du Code civil : il s'agit des travaux portant sur les gros murs, les voûtes, le rétablissement des poutres, des couvertures entières, et des murs de soutènement. En pratique, cette liste est interprétée de façon restrictive par les tribunaux. Un ravalement de façade, par exemple, peut être qualifié de grosse réparation selon les circonstances, ce qui serait alors à la charge du nu-propriétaire.

Type de charge À la charge de
Réparations courantes d'entretien (plomberie, électricité, peinture)Usufruitier
Taxe foncière et taxe d'habitationUsufruitier (sauf convention contraire)
Charges de copropriété courantesUsufruitier
Grosses réparations (art. 606 C. civ. : toiture, gros murs, poutres)Nu-propriétaire
Travaux de reconstruction totaleNu-propriétaire

Barème fiscal selon l'âge de l'usufruitier (art. 669 CGI)

Ce barème s'applique pour les donations et les successions. La valeur de l'usufruit dépend de l'âge de l'usufruitier au moment de l'acte : plus il est jeune, plus son espérance de vie est longue, donc plus son droit d'usage est précieux et moins la nue-propriété vaut. Ce barème est purement fiscal et ne correspond pas nécessairement à la valeur économique réelle des deux droits.

Exemple concret : pour un bien d'une valeur de 300 000 €, si les parents (usufruitiers) ont 65 ans au moment de la donation (barème 40/60), la nue-propriété est valorisée à 180 000 €. Les droits de donation seront calculés sur 90 000 € par enfant (180 000 € / 2 enfants), après abattement de 100 000 € chacun, soit pratiquement sans droits à payer dans cet exemple.

Âge de l'usufruitier Valeur de l'usufruit Valeur de la nue-propriété
Moins de 21 ans90 %10 %
De 21 à 30 ans80 %20 %
De 31 à 40 ans70 %30 %
De 41 à 50 ans60 %40 %
De 51 à 60 ans50 %50 %
De 61 à 70 ans40 %60 %
De 71 à 80 ans30 %70 %
De 81 à 90 ans20 %80 %
Plus de 91 ans10 %90 %

Investissement en nue-propriété : fonctionnement et avantages

L'investissement en nue-propriété est proposé par des opérateurs spécialisés dans le secteur du logement social ou du logement intermédiaire. Le principe est simple : l'investisseur achète la nue-propriété d'un logement neuf ou réhabilité à prix décoté, tandis que l'usufruit est cédé pour 15 à 20 ans à un bailleur social ou institutionnel (office HLM, ESUS, bailleur social...). Pendant toute cette période, c'est l'usufruitier qui gère, entretient et loue le bien à des ménages éligibles au parc social.

L'avantage pour l'investisseur est multiple. Il acquiert un bien à 55-75 % de sa valeur de marché, sans aucune contrainte de gestion pendant 15 à 20 ans. Il ne perçoit aucun loyer pendant cette période, donc aucun revenu foncier à déclarer. Et surtout, il n'est pas imposé à l'IFI sur ce bien pendant toute la durée de l'usufruit, car la nue-propriété seule n'entre pas dans l'assiette de l'Impôt sur la Fortune Immobilière.

  • Achat à prix décoté : la nue-propriété est acquise à 50-70 % de la valeur vénale
  • Aucune gestion locative : c'est l'usufruitier qui gère, entretient et loue le bien pendant toute la durée
  • Aucun revenu foncier pendant la durée : pas d'imposition, ni d'impact sur la tranche marginale d'imposition
  • À la fin de l'usufruit, récupération de la pleine propriété d'un bien rénové, à sa valeur de marché
  • Hors assiette de l'IFI (Impôt sur la Fortune Immobilière) pendant la période d'usufruit

Reconstitution de la pleine propriété

La reconstitution de la pleine propriété est le moment clé du démembrement. Elle se produit automatiquement, sans acte notarié ni frais supplémentaires, lors de l'extinction de l'usufruit. Pour l'usufruit viager (le plus courant dans les transmissions familiales), cela se produit au décès de l'usufruitier. Pour l'usufruit temporaire (investissement institutionnel), cela intervient à la date convenue dans le contrat de démembrement.

L'avantage fiscal est considérable : le nu-propriétaire recouvre la pleine propriété sans payer de droits de succession sur la valeur de l'usufruit qui lui revient. Seule la nue-propriété a été transmise lors de la donation, et cette partie a déjà été fiscalisée à ce moment-là. L'usufruit "gratuit" qui revient au nu-propriétaire lors du décès de l'usufruitier n'est pas taxé. C'est précisément l'intérêt fiscal central de toute stratégie de démembrement pour la transmission patrimoniale.

Questions fréquentes

Il peut vendre sa nue-propriété seule sans avoir besoin de l'accord de l'usufruitier. L'acheteur de la nue-propriété reprend le bien grevé de l'usufruit et doit le respecter jusqu'à son terme. En revanche, la vente de la pleine propriété (en réunissant nue-propriété et usufruit pour vendre le bien libre de tout démembrement) nécessite impérativement l'accord des deux parties. En pratique, cela exige une négociation entre nu-propriétaire et usufruitier, qui doivent se mettre d'accord sur la répartition du prix de vente selon la valeur économique de leurs droits respectifs.

Le nu-propriétaire est tenu aux grosses réparations au sens de l'article 606 du Code civil. Ce texte vise les travaux importants portant sur la structure du bien : gros murs, toiture et couvertures entières, poutres, murs de soutènement. Les charges courantes d'entretien (plomberie, peinture, électricité), la taxe foncière et les charges de copropriété courantes restent à la charge de l'usufruitier. Cette répartition peut toutefois être aménagée par convention entre les parties dans l'acte de démembrement, ce qui est souvent conseillé pour éviter les litiges futurs sur l'interprétation de l'article 606.

La valeur fiscale de la nue-propriété et de l'usufruit est déterminée par le barème de l'article 669 du Code général des impôts. Ce barème est fondé sur l'âge de l'usufruitier au moment de l'acte (donation ou succession). Plus l'usufruitier est jeune, plus son usufruit représente une valeur importante (longue durée probable), et moins la nue-propriété est taxable. Par exemple, si l'usufruitier a entre 61 et 70 ans, l'usufruit représente 40 % de la valeur du bien et la nue-propriété 60 %. C'est sur cette valeur de 60 % que sont calculés les droits de donation ou de succession.

À la mort de l'usufruitier (pour un usufruit viager) ou à la date convenue (pour un usufruit temporaire), la nue-propriété s'étend automatiquement à la pleine propriété. Le nu-propriétaire devient plein propriétaire du bien sans aucune formalité notariale particulière et sans payer de droits de succession sur la valeur de l'usufruit qui lui revient. C'est l'avantage fiscal fondamental du démembrement dans les stratégies de transmission : seule la nue-propriété a été fiscalisée lors de la donation, et l'usufruit qui "revient" au moment du décès le fait totalement en franchise de droits.